Le duel et le pluriel
Observez les exemples suivants : |
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Inu ne bo ne Mishel, eje ha co hue i cele.
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Michel, toi et moi, nous allons à la mer. |
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Inu ne bo, ethew ha co hue i cele.
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Toi et moi, nous allons à la mer. |
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Le « nous » inclusif ou exclusif
Observez les exemples suivants : |
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Inu ne Mishel, ehne ha co hue i cele.
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Michel et moi, nous allons à la mer. |
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Inu ne bo, ethew ha co hue i cele.
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Toi et moi, nous allons à la mer. |
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Comparez la façon dont est traduit « nous » dans ces deux exemples. Comment expliquez-vous cette variation ?
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Réponse |
Là où le français n’a qu’une façon de dire « nous », le locuteur nengone recourt à des pronoms personnels différents selon qu’il inclut ou non la ou les personnes auxquelles il s’adresse.
– forme inclusive (de l’interlocuteur) : ethewè ‘toi et moi’
– forme exclusive (de l’interlocuteur) : ehne ‘lui/elle et moi (mais pas toi)’
À cette distinction s’ajoute l’opposition duel/pluriel évoquée précédemment. On obtient donc quatre façons de dire nous :
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Duel
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Pluriel
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1ère personne inclusive
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ethewè ‘toi et moi’
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ejè ‘vous et moi’
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1ère personne exclusive
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ehne ‘lui/elle et moi’
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ehnijè ‘eux/elles et moi’
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Les pronoms personnels du registre courant
Le tableau ci-dessous récapitule les pronoms personnels du p’ene animac (registre courant). Vous y retrouvez les distinctions qui ont été expliquées : l’opposition duel/pluriel, d’une part, et l’opposition inclusif/exclusif, d’autre part.
Tableau récapitulatif :
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Singulier
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Duel
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Pluriel
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1ère personne inclusive
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ethew eth
‘toi et moi’
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ejè
‘vous et moi’
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1ère personne exclusive
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inù
‘je, moi, me’
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ehne
‘lui/elle et moi’
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ehnijè
‘eux/elles et moi’
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2ème personne
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bo
‘tu, toi, te’
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hmengo
‘vous deux’
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buhnijè
‘vous’
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3ème personne
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bonè
‘il/elle, lui’
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bushengon ‘eux/elles deux’
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buicè
‘ils/elles’
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Les pronoms personnels du nengone ne changent pas de forme selon leur fonction :
Inu ci ule bo. ’Je te vois.’
Bo ci ule ’in. ’Tu me vois.’
La ko melei ? Inu. ’Qui est là ? (C’est) moi.’ |
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Qui sommes « nous » ?
Comme le rappelle Michel Launey (2013), l’absence de marque explicite d’opposition entre l’inclusif et l’exclusif en français ne signifie pas pour autant que cette distinction n’existe pas sémantiquement y compris dans cette langue. Par exemple, l’interprétation du « nous » est exclusive dans Nous te faisons confiance ou Rejoins-nous demain. Inversement, elle est inclusive dans Préparons-nous.
L’opposition entre, d’une part, le duel et le pluriel et, d’autre part, l’inclusif et l’exclusif, existe dans toutes les langues océaniennes. On la retrouve même en bislama, créole à base d’anglais parlé au Vanuatu. Dans cette langue, le découpage morphologique révèle un tu (angl. two ’deux’) dans les formes duelles et un yu (angl. you ’tu/toi’) dans les formes inclusives :
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inclusif
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exclusif
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duel
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yumitu ‘toi et moi’
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mitufala ‘lui/elle et moi (mais pas toi)’
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de l’anglais :
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you + me + two
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me + two + fellow
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pluriel
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yumi ‘vous et moi’
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mifala ‘eux/elles et moi (mais pas toi, pas vous)’
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de l’anglais :
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you + me
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me + fellow
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La forme et la position des pronoms
En latin, les groupes nominaux et les pronoms changeaient de forme selon leur fonction syntaxique. En français, langue fille du latin, cette flexion casuelle a disparu pour les noms, mais elle demeure pour les pronoms des trois personnes du singulier et pour la 3e personne du pluriel.
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sujet
(ex. ils regardent Paul)
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complément direct
(ex. Paul les regarde)
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complément indirect
(ex. Paul leur donne)
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pronom disjoint ou précédé d’une préposition ou d’une conjonction
(ex. à eux)
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1ère personne
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je
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me (et moi avec l’impératif, ex. regarde-moi)
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me
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moi
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2ème personne
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tu
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te (et toi avec l’impératif)
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te
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toi
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3ème personne
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il/elle
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le/la
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lui
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lui/elle
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1ère personne
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nous
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nous
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nous
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nous
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2ème personne
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vous
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vous
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vous
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vous
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3ème personne
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ils/elles
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les
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leur
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eux/elles
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Par ailleurs, il existe en français des phénomènes d’inversion pronominale dans les phrases interrogatives (exemple : il court > court-il ?) et d’antéposition des pronoms compléments (exemple : je regarde Paul > je le regarde).
Il n’y a pas de flexion casuelle en nengone et les pronoms se comportent comme de véritables groupes nominaux.
Inu ci ule buic. ‘Je les vois.’
Buice ci ule in. ‘Ils me voient.’
Il en va de même en chinois mandarin dont la syntaxe est particulièrement simple et régulière :
我看你 [wǒ kàn nǐ] ‘Je te vois.’
你看我 [nǐ kàn wǒ] ‘Tu me vois.’ |
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